Je déteste l’automobile

Depuis quelques mois, je dois avouer que j’ai commencé à adopter une opinion assez radicale sur l’automobile. Mon dégout actuel sur l’omniprésence de l’automobile est aussi fort que l’excitation d’obtenir mon permis de conduire le jour de mes 16 ans. On peut dire que j’ai passé d’un extrême à un autre.

Je ne crache pas sur l’automobile en soi. J’en possède une et j’apprécie son côté pratique. Je m’intéresse même aux nouvelles voitures et je considère que j’ai de très bonnes connaissances générales des modèles sur le marché. L’automobile a de nombreux avantages et l’utilisation d’un véhicule motorisé est pertinente dans plusieurs scénarios : régions éloignées, construction, marchandises, etc.

Le problème, c’est la façon dont nous avons décidé d’adopter l’automobile en tant que société. En Amérique du Nord, nos leaders ont malheureusement décidé de construire des infrastructures avec l’automobile au premier plan. Résultat, à moins de vivre au centre d’une grande ville, la majorité de la population ne se pose même pas la question : les ménages ressentent le besoin d’acheter une voiture, voire deux dans bien des cas. Je ne peux pas les blâmer, nous sommes prisonniers de notre modèle urbain : zonages très stricts, autoroutes, boulevards, banlieues à l’américaine, services au volant, stationnements gigantesques, sous-investissement en transports en commun, etc. Conclusion : nous sommes « obligés » d’en posséder une.

Boulevard Taschereau, à Longueuil
Le Boulevard Taschereau, à Longueuil

Soyons honnêtes : nous avons collectivement banalisé la possession d’une voiture. Par conséquent, une pression se fait ressentir chez les individus qui n’en possèdent pas. La voiture devient un statut social. Un particulier qui possède un véhicule dispendieux a automatiquement du succès aux yeux des autres. De l’autre côté, celui qui choisit l’autobus est considéré comme la pauvreté incarnée par une bonne partie de la population. Pourtant, celui qui possède le véhicule est probablement plus endetté que celui qui n’en a pas! Un beau paradoxe.

Quand on prend le temps d’y penser, l’adoption généralisée d’un modèle de développement urbain basé sur l’automobile a de lourdes répercussions :

  • Elle cause l’endettement et un stress financier énorme sur les ménages. La moyenne d’un prêt pour une voiture neuve au Canada dépasse 33 000 $ en 2022.
  • Elle génère des problèmes environnementaux majeurs. La pollution causée par les moteurs à combustion, les batteries, les pneus, les fluides est un véritable fléau pour la planète.
  • Elle crée des bouchons de circulation interminables dans lesquels nous perdons collectivement des milliards de dollars, en plus de causer des impacts sur la santé mentale. Ceux-ci s’allongent année après année.
  • Elle génère un faux sentiment de prestige et de réussite sociale. La voiture devient une fausse extension de notre personnalité.
  • Elle devient une dépendance pour tous les besoins quotidiens. Ce n’est pas normal d’avoir besoin d’un véhicule pour acheter deux litres de lait.

J’en oublie probablement. Pourtant, nous continuons de développer avec l’automobile au centre de tout.

Les véhicules électriques

Le prix du carburant est présentement sur toutes les lèvres. Au moment d’écrire ces lignes, le litre d’essence ordinaire tourne autour de 2$. Les consommateurs se précipitent sur les véhicules électriques. Les cours des concessionnaires sont vides. La demande est extrêmement forte. Les réservations atteignent des niveaux records, avec des délais dépassant parfois 2 ans d’attente pour mettre la main sur un véhicule.

Dernièrement, je suis allé au restaurant avec quelques collègues et tout le monde parlait de réserver une voiture électrique. Tesla Model 3, Kia EV6, Mustang Mach-E. Personne ne mentionnait le prix de ces voitures. Le seul facteur, c’était d’économiser sur l’essence. Ça semblait une obsession. Disons que j’étais tout seul dans mon coin à rouler les yeux.

Un paiement mensuel pour le véhicule électrique de l’heure – une Hyundai Ioniq 5 Preferred 2022 sans option – tourne autour de 700 $ par mois, rabais gouvernementaux et taxes incluses. Rajoutons quelques montants conservateurs : 100$ d’assurances, 2$ pour le permis, 18,75$ pour les plaques, 50$ pour l’entretien et 20$ pour l’électricité. On frôle les 900$ par mois, soit 10 800$ en dépenses annuelles pour être en mesure de se déplacer au travail… pour payer son auto !

Financement d'une Ioniq 5 2022

J’ai l’impression qu’on devient des zombies et qu’on ne réfléchit plus… Prenez quelques minutes et posez-vous la question sérieusement : pourquoi dépenser plus de 10 800$ par année pour se transporter? Parce que tout le monde le fait? Pour sauver la planète ? (Spoiler Alert : vous ne sauverez pas la planète avec une voiture électrique).

Si vous investissiez ce 10 800$ en bourse à 7% pendant 10 ans (en ajoutant 10 800$ chaque année), vous auriez la modique somme de 170 462$, dont 51 662$ remportés en intérêts, c’est-à-dire que vous pourriez obtenir une Ioniq 5 gratuitement (modèle 2032 😉).

Note : Nous pourrions faire le même exercice avec un véhicule thermique neuf. Je souhaitais surtout pointer du doigt l’absurdité de contracter un prêt automobile énorme pour contrer la hausse du prix de l’essence. Privilégiez plutôt une auto usagée, vous économiserez des milliers de dollars.

Mon bazou

Ayant choisi un mode de vie à la banlieusard, je n’ai pas le choix de posséder une voiture pour me déplacer. Il n’y a aucun service de transport en commun disponible à mon domicile. J’adore l’espace que me procure la vie en banlieue, mais je déteste la dépendance à mon véhicule.

Mon véhicule actuel a 14 ans (10 ans entre mes mains). Je conserve ce véhicule même si j’ai techniquement les moyens d’acheter une auto de luxe cash demain matin. Mes amis sont sidérés quand je leur dis que je roule encore avec la même auto équipée d’un bon vieux lecteur CD. La plupart d’entre eux sont déjà rendus à leur deuxième, voire troisième véhicule. On me demande parfois « c’est quand que tu changes d’auto? Tu travailles tellement fort, tu le mérites! ». Je souris en acquiesçant lentement de la tête. Honnêtement, je l’aime encore beaucoup : elle est fiable, économique et son look a bien vieilli.

Mon auto me coûte environ 2000$ par année (environ 160$ par mois) tout inclus (assurances, essence, entretien, plaques, etc.). Un rappel que j’ai entièrement payé le prêt depuis plusieurs années. Je l’avais acheté usagée autour de 12 000$.

Si on effectue une comparaison avec mon exemple précédent, j’économise 8800$ par année en conservant mon véhicule actuel. Même si le litre d’essence montait à 3.00$, ça me coûterait moins cher. Même si ça montait à 5.00$ le litre, ça me coûterait moins cher que de posséder un véhicule neuf. Si c’est la première fois que vous lisez un de mes articles, renoncer à une voiture neuve est la raison principale pour laquelle je suis capable de mettre autant d’argent de côté pour atteindre la liberté financière.

L’entretien, la clé

La meilleure façon d’optimiser les frais reliés à la possession d’un véhicule est de le conserver le plus longtemps possible et d’y combiner un entretien rigoureux.

Comme je l’ai traitée à l’antirouille chaque année, la carrosserie de mon véhicule est en excellent état. Mécaniquement, j’y ai fait un changement d’huile synthétique à tous les 10 000 km ainsi que tous les entretiens conseillés (freins, fluides, etc.). J’ai pris le temps de faire un ménage intérieur tous les printemps.

Niveau finances, j’ai pris note de chacune de mes dépenses dans un classeur Excel depuis que je possède le véhicule. Après 10 ans et environ 150 000 km plus tard, j’y ai consacré très exactement 5 521 $, excluant les pneus (je les exclus comme c’est une dépense ponctuelle aux 8 ans dans mon cas). Une moyenne de 552$ par année, des peanuts si on le compare au coût d’un véhicule neuf financé.

Je vous conseille la web-série Roulez au suivant, animée par Antoine Joubert. Son équipe restaure des véhicules d’une dizaine d’années afin de prouver l’avantage économique et environnemental de bien entretenir une voiture. Ceux-ci sont ensuite remis à des citoyens ayant besoin d’un véhicule. J’adore le concept de cette émission. C’est un peu comme si Pimp my ride avait un bébé avec Donnez au suivant. En fait, c’est exactement le concept derrière l’émission…

Construisons des trains

Je vous conseille également la chaîne YouTube Not Just Bikes. C’est un Canadien qui a immigré aux Pays-Bas et qui documente son expérience avec les transports en Europe. Vous serez charmés par ses exemples visuels et les comparaisons par rapport à nos aménagements nord-américains. La découverte de sa chaîne est la source principale de mon changement complet d’opinion au sujet de l’automobile.

Je crois fermement que le Canada doit investir massivement dans les transports en commun lourds pour assurer son avenir. Ces changements demandent énormément de temps, autant pour bâtir les infrastructures que pour modifier la perception de la société par rapport à leur utilité. Je suis convaincu que nous serons plus riches individuellement et collectivement si nous réussissons ce pari et en diminuant notre dépendance à l’automobile.

Vous souhaitez demeurer automobiliste? Aucun problème, je vous comprends parfaitement, c’est mon cas aussi. Par contre, dites-vous que chaque personne convertie au transport en commun est une voiture de moins sur votre route. Résultat : moins de bouchons de circulation. Bonne réflexion. 😉

Pour terminer, ma citation préférée :

Un pays développé n’est pas un lieu où les pauvres ont des voitures. C’est un lieu où les riches utilisent les transports en commun.

2 réflexions sur “Je déteste l’automobile”

  1. Un très bon article!

    Je pense comme toi. Les pubs de char prônent la liberté, alors qu’en réalité l’auto est la principale destructrice de liberté (financière).

    Et, passer d’un Hummer à essence à un Hummer électrique n’est certainement pas la solution aux enjeux environnementaux.

    L’être humain est paresseux. Aussi longtemps qu’il aura un salon sur quatre roues à sa disposition, il ne changera pas. L’essence n’est pas encore assez dispendieuse selon moi.

    1. Ça me rappelle ta citation :
      « C’est paradoxal de constater à quel point les gens aspirent tous à être libres, hors normes, uniques et un peu rebelles, mais qu’en pratique, ils suivent aveuglément le trajet dicté par la société de consommation. »

      Merci pour ton commentaire!

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